Insécurité et récurrence des meurtres au Sénégal, L’année 2022 semble bien partie pour battre le record de la criminalité au Sénégal.

L’année 2022 semble bien partie pour battre le record de la criminalité au Sénégal. Alors que la Police nationale constate, dans son Rapport d’activité 2021, publié le jeudi 2 juin 2022, «une tendance baissière de la délinquance et de la criminalité de 02,19% et un taux d’élucidation de 99%», la série de crimes continue et les mobiles se ressemblent, ou presque, au Sénégal. Depuis un certain temps, la majorité des cas de meurtres et autres assassinats déplorées dans le pays, relayés par les médias, ont pour auteurs des connaissances ou proches de la victime. Les causes sont soit d’ordre économique (différend autour de biens, argent…), soit un problème de société (pression familiale, baptême, mariage, rivalité…). Ce qui complique les contours de l’insécurité ou le sentiment d’insécurité, c’est selon les appréciations des populations ou des Forces de défense et de sécurité, inquiétant de plus en plus le peuple Sénégalais.

Dimanche dernier, 5 juin 2022, un père de famille, la soixantaine, a été sauvagement tué et démembré dans sa plantation d’anacarde à Tambacoumba, par un jeune-homme du village voisin de Koundioundou. Un drame qui a surpris nombre d’habitants des deux villages situés dans la commune d’Adéane (arrondissement de Niaguis, département de Ziguinchor).

Selon des témoignages, le père de famille qui avait envoyé ses enfants récolter des noix de cajou dans son verger, pour les besoins de la vente programmée de la production, a vu ces derniers rebrousser chemin, sur la pointe des pieds. Interpellés sur leur attitude, ces derniers ont expliqué avoir trouvé sur place, dans la plantation de leur papa, un jeune-homme à l’œuvre qui les aurait chassé. C’est alors que leur ascendant, répondant au nom de J. Tougnou, domicilié à Tambacounba, muni d’un coupe-coupe, a décidé d’aller s’en quérir de la situation. Une fois dans son verger, il découvre la véracité des dires de ces enfants, l’intrus étant habitué à profiter de l’absence du propriétaire pour s’introduire dans son champ pour subtiliser des noix. Malheureusement, J. Tougnou ne reviendra pas vivant, à la maison. Les échanges avec le «voleur» de noix de cajou, dénommé M. Dabo et originaire de Koundioundou, ont mal tourné. M. Dabo se saisit du coupe-coupe du planteur (la victime) pour lui asséner plusieurs coups, jusqu’à ce que mort s’en suive, car l’ayant découpé de manière atroce, démembrant ainsi presque tout le corps du vieux. Une affaire qui a suscité l’émoi et la consternation au sein des populations de ces deux villages de la commune d’Adéane (Tambacoumba et Koundioundou).

Le présumé meurtrier, M. Dabo, retournera tranquillement chez-lui, dans son village à Koundioundou, où des éléments de la Gendarmerie venus le cueillir l’on trouvé en train de s’affairer autour du petit déjeuner, comme si de rien n’était. Ce dernier drame en date, en dit long sur la nouvelle nature des crimes au Sénégal. Il y a quelques jours, un policier interpellé, dans l’anonymat dans le cadre de reportages sur l’insécurité grandissante dans le pays, par Sud Quotidien, notait : «Je ne sais pas si vous avez fait le constat ou non. Mais, de 2020 à nos jours, tous les crimes qui se sont succédé viennent d’un membre connu de la victime.» (Voir par ailleurs). Et les faits semblent confirmer ses remarques. Désormais, il ne se passe plus de jour, de semaine ou presque, sans que les médias rapportent des cas similaires d’agressions mortelles dont sont victimes des personnes. De jour comme de nuit, des individus sont prêts à ôter atrocement la vie à des hommes et femmes pour des choses mondaines (de l’argent, des portables, mariage, baptême, dettes impayées, etc.).

UN WEEK-END, 3 MEURTRES DANS LA CAPITALE

En atteste, la dernière décade du mois de mai dernier, trois (3) assassinats en l’espace d’un weekend dans Dakar et sa banlieue, avaient fini de semer le désarroi au sein des populations. D’abord, le vendredi 20 mai 2022, à Pikine, la jeune dame Fatou Kiné Gaye, gérante d’un multiservices à Pikine Rue 10, a été retrouvée morte, baignant dans une mare de sang, après avoir subi des blessures à l’arme blanche. Le présumé meurtrier de la dame âgée de 32 ans, tuée dans des circonstances particulièrement horribles, a été arrêté et l’arme du crime retrouvé, rapporte le site d’information Sudquotidien.sn. Kh. Ba, un collègue de la victime, aurait avancé la pression familiale pour le baptême de son fils, pour «justifier» son acte criminel. Car Fatou Kiné Gaye avait découvert un trou de 500.000 FCFA dans la caisse, un vol orchestré par son bourreau qu’il a démystifié. Ce qui lui aurait valu la vie. Ensuite, alors que l’atrocité du meurtre de Fatou Kiné Gaye continuait de défrayer la chronique, deux autres cas ont été signalés, les jours suivants. Le samedi 21 mai 2022, à Ouakam, Un jeune homme du nom de Papis Niang a été poignardé mortellement après une altercation avec son ami. Le présumé meurtrier qui avait pris la fuite, sera rattrapé par les éléments de la Gendarmerie de ladite localité environ un jour après la commission de ce meurtre. En fin, le lendemain dimanche, après les cas de Pikine et Ouakam, un jeune homme a été poignardé à mort à Diamaguène Sicap Mbao. Le frère jumeau du lutteur Mama Lamine qui préparait un combat, programmé la journée du dimanche 22 mai 2022, a blessé Khabane Dieng au cours d’une bagarre. Évacué à l’hôpital, la victime a succombé à ses blessures. Ayant pris la poudre d’escampette, le présumé auteur, âgé de 33 ans, sera interpellé, en un temps record (la même journée du dimanche) par les hommes du Lieutenant Salla Niang, chef de service du Poste de Police de Diamaguène Sicap Mbao.

LES AUTRES VISAGES DES HOMICIDES

Avant ces trois (3) meurtres enregistrés à Dakar, en l’espace d’un week-end, quelques semaines plus tôt, une femme de 60 ans, Marième War, a été violée plusieurs fois avant d’être assassinée à Tivaouane Peulh. Selon Libération qui a révélé les résultats de l’autopsie dans sa livraison du 5 mai dernier, Marième War, la défunte, originaire de Médina Gounass, qui vivait seule, est décédée «suite à une asphyxie mécanique par strangulation». Aussi, il ressort des premiers constats faits sur la scène du crime que Marième War avait les mains attachées dans le dos et les jambes écartées ; son pagne avait été défait par ses présumés bourreaux. Un peu plus d’une semaine auparavant, le 24 avril 2022, dans la Cité du Rail, à Thiès, c’est un enfant de 8 ans qui a échappé à un meurtre crapuleux. Un individu qui a enlevé le garçon de 8 ans, élève en classe de CP à l’école Darou Salam 1 dans la périphérie Est de Thiès, a tenté de l’égorger. Mohamed Lamine Aïdara, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a échappé de justesse à ce meurtre. Ayant subi plusieurs blessures sévères infligées par son agresseur, il a été admis aux urgences de l’Hôpital Amadou Sakhir Ndiéguène de Thiès, où il a été opéré. La cavale du présumé auteur de cette tentative de meurtre sur cet enfant de 8 ans n’aura duré que quelques jours. L’agresseur présumé a été arrêté par les éléments du Commissariat du 1er Arrondissement de la Cité du Rail dans l’après-midi du vendredi suivant.

 JANVIER FÉVRIER 2022, DES MOIS DE SANG

En février dernier, s’arrêtant sur la récurrence des cas d’assassinats, suite au meurtre de Ndongo Guèye par son ami Bassirou Thiam, déféré au Parquet de Pikine, Dakaractu avait relevé que sur 10 meurtres enregistrés entre décembre 2021 et février 2022, les auteurs présumés se trouvaient être des parents, proches ou amis des victimes. La preuve, avant ce dernier cas, Mohamed Sougou, un livreur, a été poignardé à mort au niveau de la région au cœur par son collègue et ami O. Tine au parking du stade Léopold Sédar Senghor, suite à une altercation pour 500 FCFA. Courant février 2022 toujours, Rama Camara, qui était portée disparue à Mbour, a été retrouvée morte dans la forêt de Nguérigne. Les policiers ont réuni un ensemble d’éléments techniques montrant que son meurtrier présumé se trouve être son guérisseur et confident qui avait promis de «combattre» son «faru rab». Un cas qui rappelle une autre affaire ; celle de Lobé Ndiaye tuée dans les mêmes circonstances par son «guérisseur» Hamidou Sidibé, courant août 2021 avant que son corps ne soit emballé et jeté à Diamniadio. Il y a également le dossier Habib Fall, écroué en fin janvier 2022, pour avoir été suspecté d’abréger la vie de son ami et collègue Abdallah Fall. Tous les deux travaillaient au complexe Kheweul à Pikine Texaco où a eu lieu le crime. De même, à Ouakam, El Hadji Mamadou Bah avait bastonné à mort son cousin Mohamed Diallo, tout juste âgé de 12 ans, parce que ce dernier avait perdu l’argent destiné au paiement de la facture d’électricité. Au même moment, au quartier Mbaye Guèye de Fass Mbao, Mamadou Malou alias Doudou aurait avoué, dans le secret de sa garde à vue, avoir tué avec un couteau, son ami Mouhamed Ba à qui il reprochait de l’avoir traité de voleur. Toujours dans la capitale sénégalaise, au quai de pêche de Yoff, Noreyni et Fallou, deux «délinquants» qui se fréquentaient ont eu un différend autour d’un téléphone portable qu’ils avaient volé. Noreyni a tout simplement égorgé Fallou. En face de là, dans la même commune de Yoff, un drame conjugal a été enregistré à Ouest-Foire. Fatima Faty a été arrêtée pour le meurtre de son époux, à coup de gourdin. Elle avait simulé un cambriolage qui aurait mal tourné. Et la liste est encore loin d’être exhaustive.