La recomposition politique se poursuit dans les régions. À Kaffrine, l’adhésion de Cheikh Tidiane Gaye, responsable du mouvement Bokk Ci Gox Bi (BCG) et directeur du Centre régional des œuvres universitaires et sociales (CROUS) de Thiès, à Kiiraay Les Républicains marque une nouvelle étape dans la structuration du camp politique proche du pouvoir.
L’annonce a été faite dimanche, à l’occasion d’un rassemblement auquel ont participé des militants venus des quatre départements de la région : Kaffrine, Koungheul, Mbirkilane et Malem Hodar.
Un changement d’étiquette, mais pas de discours
Cheikh Tidiane Gaye présente son ralliement non comme une rupture idéologique, mais comme un changement de cadre politique.
Il revendique notamment son attachement à plusieurs principes : unité nationale, justice sociale, développement et gouvernance responsable.
Son parcours donne également une dimension particulière à cette adhésion. Agent des Impôts et des Domaines, il affirme avoir côtoyé pendant plus de dix ans plusieurs figures aujourd’hui au cœur du pouvoir, notamment Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
Cette proximité revendiquée lui permet désormais de porter un discours particulièrement critique à l’égard de ceux qu’il présente comme d’anciens compagnons de route.
La critique de Pastef comme principal marqueur politique
Au-delà de l’adhésion à Kiiraay, c’est surtout le ton employé contre les responsables de Pastef qui retient l’attention.
Cheikh Tidiane Gaye accuse certains dirigeants du parti au pouvoir d’avoir nourri les attentes des Sénégalais avec des promesses qui, selon lui, n’auraient pas été suffisamment suivies d’effets.
Son discours vise plusieurs personnalités qu’il affirme connaître personnellement, tout en opérant une distinction dans son appréciation de la gouvernance du président de la République.
Cette nuance est politiquement importante : elle permet de critiquer une partie de l’appareil politique tout en évitant de transformer son repositionnement en opposition frontale au chef de l’État.
Kaffrine, nouveau laboratoire de la recomposition
Cette arrivée intervient dans un contexte où Kiiraay cherche manifestement à renforcer son implantation territoriale.
La décision annoncée le 24 août 2026 de dissoudre les coordinations de la coalition Diomaye Président déjà installées à Kaffrine traduit une volonté de remettre à plat les structures existantes.
L’intégration de nouvelles forces politiques peut ainsi être lue comme une tentative de construire un dispositif plus cohérent autour de Kiiraay.
La présence, lors du rassemblement, de deux présidents de conseils départementaux, de plusieurs maires et de militants issus des quatre départements donne à l’opération une dimension qui dépasse le simple ralliement individuel.
Le véritable enjeu : transformer les ralliements en force électorale
Pour Kiiraay, l’enjeu ne sera cependant pas uniquement d’accumuler les adhésions.
La question fondamentale sera celle de la capacité de ces nouveaux responsables à mobiliser durablement leurs bases, à coordonner les structures locales et surtout à éviter les rivalités entre anciens alliés et nouveaux arrivants.
C’est souvent à ce niveau que les recompositions politiques rencontrent leurs premières difficultés.
Un mouvement peut disposer de responsables connus, de maires, d’élus et de militants, sans pour autant parvenir à construire une dynamique électorale homogène.
Un message adressé aussi à l’ancien camp
Le repositionnement de Cheikh Tidiane Gaye peut également être interprété comme un signal politique adressé à ses anciens compagnons.
En mettant en avant son expérience, sa connaissance de plusieurs responsables du pouvoir et sa lecture critique de leur action, il cherche à construire une légitimité particulière : celle d’un acteur qui affirme parler en connaissance de cause.
La bataille politique se joue donc également sur le terrain du récit.
Qui peut prétendre incarner les véritables convictions du changement ? Qui peut revendiquer une meilleure connaissance des réalités du terrain ? Et surtout, qui sera capable de convaincre les électeurs que les nouvelles alliances ne constituent pas simplement des déplacements de positionnement politique ?
Le test du terrain
L’adhésion à Kiiraay constitue incontestablement une opération politique intéressante pour la nouvelle configuration de la majorité à Kaffrine.
Mais le véritable verdict ne viendra ni des meetings ni des déclarations.
Il viendra du terrain.
La capacité à fédérer les militants, à maintenir l’unité entre les différentes composantes et à convertir les réseaux politiques en mobilisation populaire sera déterminante.
À Kaffrine comme ailleurs, la recomposition politique sénégalaise entre désormais dans une phase où les alliances devront être jugées moins sur les annonces que sur leur efficacité organisationnelle.
Assirou.net — LES LUNDIS D’ASSIROU
Analyse & Décryptage des mutations politiques et sociales du Sénégal.
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