Par Pape Modou FALL
Président du Rassemblement pour la Vérité, l’Intégrité et l’Équité (RAVIE / DËGG MOO WOOR)
L’annonce de la rencontre entre l’ancien Président de la République, Macky Sall, et son successeur, le Président Bassirou Diomaye Faye, dépasse le simple cadre d’une audience entre deux hommes d’État. Elle constitue un événement politique, institutionnel et diplomatique majeur, dont la portée pourrait s’étendre bien au-delà des frontières du Sénégal.
À un moment où notre pays poursuit sa transformation économique, consolide ses institutions démocratiques et affirme son positionnement sur la scène internationale, cette rencontre mérite d’être analysée avec responsabilité et hauteur de vue. Plus qu’un échange entre un ancien et un actuel chef de l’État, elle interroge notre conception de la République et notre capacité collective à faire prévaloir l’intérêt supérieur de la Nation sur les considérations partisanes.
Le Sénégal a toujours su se distinguer par la solidité de ses institutions et la qualité de ses transitions politiques. Cette réputation constitue aujourd’hui un capital diplomatique précieux qu’il convient de préserver et de renforcer. Dans cette perspective, une rencontre empreinte de respect républicain entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye serait un message fort adressé aux citoyens, aux partenaires internationaux et aux investisseurs.
Le bilan de l’ancien Président Macky Sall continuera naturellement à faire l’objet d’appréciations diverses. Cependant, il est difficile de nier que son magistère a profondément transformé le paysage des infrastructures nationales avec la réalisation d’autoroutes, du Train Express Régional (TER), du Bus Rapid Transit (BRT), du pôle urbain de Diamniadio, du renforcement des capacités énergétiques, de la modernisation de plusieurs administrations et de la préparation de l’exploitation des ressources pétrolières et gazières. Ces investissements appartiennent désormais au patrimoine de la République et constituent des leviers sur lesquels le Sénégal peut continuer de bâtir son développement.
À l’inverse, l’élection du Président Bassirou Diomaye Faye traduit l’expression d’une volonté populaire de renouvellement. Depuis son accession à la magistrature suprême, il s’efforce d’imprimer une gouvernance axée sur la souveraineté, la transparence, la reddition des comptes, la réforme des institutions et la valorisation des ressources nationales. Cette nouvelle orientation répond à des attentes fortes exprimées par une grande partie des Sénégalais.
Opposer systématiquement ces deux approches serait une erreur d’analyse. Les nations qui réussissent sont celles qui savent préserver les acquis utiles tout en engageant les réformes rendues nécessaires par les évolutions économiques, sociales et géopolitiques. La rupture ne signifie pas l’effacement du passé ; elle consiste à construire l’avenir en capitalisant sur les forces existantes tout en corrigeant les insuffisances.
Aujourd’hui plus que jamais, la stabilité politique est devenue une ressource économique. Les investisseurs, les partenaires techniques et financiers, les agences de notation et les marchés internationaux recherchent avant tout un environnement institutionnel prévisible. Dans un contexte marqué par l’exploitation des hydrocarbures, la transformation numérique, l’industrialisation, la territorialisation des politiques publiques et les profondes mutations géopolitiques en Afrique de l’Ouest, chaque geste d’apaisement politique renforce la crédibilité du Sénégal.
Si cette rencontre intervient également dans le cadre des ambitions internationales de l’ancien Président Macky Sall, notamment pour l’exercice de hautes responsabilités au sein du système des Nations Unies, elle devrait être appréciée sous le seul prisme de l’intérêt national. Les grandes démocraties savent mobiliser l’expérience de leurs anciens dirigeants lorsque celle-ci contribue au rayonnement de leur pays. Les divergences politiques internes ne devraient jamais constituer un obstacle à la défense des intérêts stratégiques de la Nation.
Le Président Bassirou Diomaye Faye dispose aujourd’hui de l’occasion d’affirmer une vision républicaine de la fonction présidentielle, où le dialogue institutionnel demeure possible malgré les différences politiques. De son côté, Macky Sall peut également contribuer à consolider cette image d’une démocratie apaisée en reconnaissant pleinement la légitimité des nouvelles autorités et en privilégiant l’intérêt du Sénégal.
Notre pays a besoin d’une culture politique nouvelle. Une culture où la compétition électorale cesse avec la proclamation des résultats et où commence la responsabilité collective de construire l’avenir. Une culture où les anciens dirigeants demeurent des ressources pour la République et où les nouvelles autorités savent distinguer les intérêts de l’État des affrontements partisans.
La rencontre entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye pourrait ainsi marquer le début d’une nouvelle étape de notre vie démocratique. Elle rappellerait que la République est plus grande que les hommes qui l’incarnent temporairement et que les intérêts supérieurs du Sénégal doivent toujours guider les décisions des responsables publics.
Dans un monde traversé par les crises économiques, les tensions géopolitiques et les recompositions diplomatiques, le Sénégal gagnerait à faire de cette rencontre le symbole d’une démocratie mature, capable de conjuguer continuité de l’État, alternance politique et unité nationale. C’est à cette condition que notre pays renforcera durablement sa stabilité, son attractivité économique et son rayonnement international.
Au-delà des sensibilités politiques, des ambitions personnelles et des divergences idéologiques, le véritable vainqueur de cette rencontre doit être le Sénégal. Car lorsqu’une Nation place son intérêt supérieur au-dessus des clivages politiques, elle écrit les plus belles pages de son histoire.

