Il est des rituels républicains qui exigent un décorum, non par goût de la pompe, mais par respect pour les institutions. Une passation de service n’est ni un meeting électoral, ni une agora à ciel ouvert, encore moins un déversoir de passions numériques. C’est le moment solennel où l’État se transmet, où la continuité de la nation s’affirme. En rappelant fermement à l’ordre un auditoire « déchainé » lors de sa prise de fonction, le nouveau ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Alpha Thiam, n’a pas commis un excès d’autorité ; il a posé un acte de salubrité républicaine.
Pourtant, il aura suffi d’une mise au point nécessaire pour que la machine à broyer des réseaux sociaux s’emballe. Dans un grand élan de syncrétisme absurde, les tribunaux virtuels ont cru bon de lier cette exigence de silence au passé de militant du ministre, exhumant des images de fresques murales taguées durant la campagne présidentielle ou de promesses sur la baisse du coût de la vie. Quel rapport ? Aucun. Sauf à vouloir, par une acrobatie intellectuelle grotesque, disqualifier l’homme avant de juger l’œuvre.
Cette propension à tout mélanger est le symptôme d’un mal plus profond : quand l’adversité politique prend le pas sur la lucidité, elle engendre l’insensé. On assiste alors à un spectacle désolant où la caricature remplace la critique, et où le buzz éphémère étouffe le fond. La discipline n’est pas le contraire de la liberté, elle est le moteur du développement. Aucun grand projet national ne s’est jamais construit dans le brouhaha et l’anarchie.
Dans un pays où tout est prioritaire, où les chantiers de la culture, de l’artisanat et du tourisme attendent des réformes structurelles majeures, avons-nous réellement le luxe de nous perdre dans ces futilités ? Nos urgences économiques, sociales et culturelles méritent des débats plus relevés que des querelles de clocher digital.
La stature d’un ministre de la République ne se mesure pas au nombre de décibels de ses détracteurs, mais à sa force de travail, à sa volonté affichée et à sa détermination à servir la nation. Les faits, têtus, montrent qu’Alpha Thiam n’a pas perdu une minute. Conscient de ses charges régaliennes, il s’est immédiatement mis à la tâche. C’est à l’aune de ses résultats, de ses réformes et de son impact sur le terrain qu’il devra être jugé. Le reste n’est que bruit de fond. Il est grand temps de substituer la politique du spectacle par celle du mérite.
Par Pape Ibrahima Diasse

