La récente visite du Premier ministre Ousmane Sonko à Touba, officiellement présentée comme une démarche de condoléances, suscite de nombreuses interrogations. Pour beaucoup d’observateurs, cette présence tardive ressemble davantage à une visite politique déguisée qu’à un simple acte de compassion.
Depuis leur arrivée au pouvoir, aucune infrastructure majeure d’envergure n’a été réalisée à Touba, alors même que la ville fait face à des défis structurels urgents. Lors des derniers hivernages, Touba a connu de graves inondations, causant d’importants dégâts matériels et même des pertes en vies humaines. Pourtant, ni le Président de la République ni le Premier ministre ne s’étaient déplacés pour constater la situation ou apporter un soutien direct aux populations sinistrées.
Les relations entre l’État et Touba ne sont pas au beau fixe. Plusieurs chefs religieux ont rencontré des difficultés dans l’obtention ou le renouvellement de leurs passeports diplomatiques, les empêchant parfois de se rendre à l’étranger pour se soigner ou pour rencontrer la communauté mouride de la diaspora.
Sur le plan des infrastructures, la situation demeure préoccupante :
la nappe phréatique menace plusieurs quartiers,
de nombreuses routes sont impraticables,
l’assainissement reste largement insuffisant pour une ville de cette envergure.
Dans ce contexte, voir le Premier ministre choisir ce moment jugé “opportun” pour se rendre à Touba, près de 11 mois après les faits, interroge sur la sincérité de la démarche.
De nombreuses voix estiment que le porte-parole du Khalife général des Mourides, Serigne Bass Abdou Khadre, doit porter avec clarté les préoccupations réelles des populations, confrontées à des difficultés sérieuses au quotidien.

Touba n’est pas une ville ordinaire :
elle est la deuxième ville du Sénégal sur les plans démographique, économique et politique. Pourtant, elle est trop souvent perçue et utilisée par les politiciens comme une vache laitière ou un simple bétail électoral, sans contrepartie à la hauteur de sa contribution.

Touba mérite un plan spécial, à l’image du Plan Diomaye pour la Casamance, doté de centaines de milliards de francs CFA, afin de répondre durablement à ses défis structurels.

Car il faut le rappeler : Touba contribue à hauteur de plusieurs milliards au budget de l’État sénégalais. Cette contribution impose en retour une reconnaissance institutionnelle et des investissements à la hauteur de son poids réel.