Une affaire judiciaire sensible a récemment secoué l’opinion publique, mettant en lumière les limites de la liberté d’expression à l’ère des réseaux sociaux. Une étudiante de 28 ans, pensionnaire de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, a comparu devant le tribunal de Pikine-Guédiawaye après avoir tenu des propos jugés offensants à l’égard de figures fondatrices de certaines confréries religieuses sénégalaises.

Connu sur TikTok sous le pseudonyme « madame-fallo29 », la jeune femme a été poursuivie pour diffamation, injures publiques, diffusion de fausses nouvelles et incitation à la violence, suite à la diffusion de vidéos remettant en cause l’honorabilité de guides spirituels tels que Cheikh Ahmed Tidiane Chérif et Baye Niass.

Déférée au parquet, elle a reconnu les faits lors de son audition, qui s’est tenue à huis clos, invoquant une réaction impulsive survenue dans un contexte de dispute virtuelle avec une internaute. Toutefois, le tribunal est resté ferme. Le juge et le procureur lui ont rappelé la portée dangereuse de ses propos dans un pays à forte tradition confrérique, soulignant les risques de tensions sociales qu’ils pourraient susciter.

Son avocat a tenté d’atténuer la gravité des faits, en plaidant un égarement momentané, influencé par la toxicité des échanges sur les réseaux sociaux. Il a également mis en avant le parcours académique exemplaire de sa cliente, ainsi que sa situation familiale en tant que mère célibataire de deux enfants, pour demander la clémence.

Le ministère public a requis deux ans de prison ferme assortis d’une amende de 500 000 francs CFA. Le verdict est attendu le 8 juillet prochain.

À noter que deux jeunes hommes arrêtés dans le cadre de la même affaire ont, quant à eux, été relâchés sans poursuites.

🖋️ Commentaire éditorial – Assirou.net

Cette affaire rappelle avec force les responsabilités qui incombent à chaque citoyen dans l’usage des outils numériques. À l’heure où les plateformes sociales offrent à chacun un micro ouvert sur le monde, la parole se doit d’être pesée, surtout lorsqu’elle touche aux repères spirituels profondément ancrés dans la société sénégalaise.

Les confréries religieuses ne sont pas de simples traditions, elles sont le socle de cohésion sociale, de transmission des valeurs, et d’identité collective. Porter atteinte à leurs figures tutélaires, c’est risquer de fissurer une paix sociale que le Sénégal a su préserver, souvent grâce à la sagesse de ses guides religieux.

Cela dit, nous devons également entendre dans cette affaire le cri d’alerte sur les dérives du numérique. Une jeunesse confrontée à un espace virtuel sans repères ni filtres peut facilement se perdre dans la quête de visibilité ou dans des joutes verbales déconnectées de toute responsabilité.

Il appartient désormais à l’État, aux familles, aux établissements éducatifs et aux autorités religieuses de renforcer l’éducation à la citoyenneté numérique. Punir les fautes, oui, mais aussi prévenir, sensibiliser, et encadrer pour éviter que de tels excès ne deviennent la norme.

Que justice soit rendue dans la sérénité et que chacun en tire les leçons nécessaires.

La Rédaction – Assirou.net