L’ancien Président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niass, a déposé une plainte devant le doyen des juges d’instruction du Pôle Judiciaire Financier contre feu Abdoulaye Diao, dit Baba Diao, et sa notaire, Me Nafissatou Diop. Il les accuse de faux, usage de faux et escroquerie dans une affaire foncière datant de plusieurs décennies.

Un partenariat d’affaires devenu source de litige

Tout remonte à 1987, lorsque Moustapha Niass et Abdoulaye Diao, alors associés au sein de la société ITOC S.A, ont acquis conjointement un terrain de 6 543 m² à Yoff. La répartition de la propriété fut claire : 2 501 m² pour Niass et 4 042 m² pour Diao. Cet accord avait été dûment enregistré à la conservation foncière de Ngor-Almadies.

Mais plus de trente ans plus tard, l’ancien président de l’Assemblée nationale affirme avoir découvert que son terrain avait été vendu à son insu.

La “vente” découverte par hasard

Selon le plaignant, tout a commencé le 19 février 2021, lorsqu’il a envoyé un collaborateur au service du Cadastre pour obtenir un plan en vue de construire un mur de séparation entre les deux parcelles. Ce dernier aurait alors appris que le terrain appartenant à Moustapha Niass avait été vendu le 29 novembre 2020 à Abdoulaye Diao pour 400 millions de francs CFA, la transaction ayant été effectuée via la banque OUTARDE.

« Je n’ai jamais vendu ce terrain, ni signé un quelconque acte de vente, ni perçu le moindre franc », soutient Moustapha Niass dans sa plainte. Il précise par ailleurs n’avoir aucun compte dans la banque citée.

Pour lui, cette affaire constitue un vol foncier prémédité, organisé par Abdoulaye Diao et la notaire Me Nafissatou Diop.

Une notaire au cœur de la polémique

Dans sa déposition du 4 mars 2021, Me Nafissatou Diop a déclaré avoir été saisie par Abdoulaye Diao pour formaliser plusieurs actes de cession entre les deux hommes, datant notamment de janvier 2000 et novembre 2019.
Elle affirme que, « compte tenu de la relation de confiance entre eux », elle remettait toujours les documents à Abdoulaye Diao, qui se chargeait d’obtenir la signature de Moustapha Niass.
Une procédure que ce dernier dénonce vigoureusement : selon lui, il ne s’est jamais présenté au cabinet de la notaire, ni signé aucun acte de cession.

Les contradictions se multiplient : même feu Abdoulaye Diao, interrogé avant son décès, aurait reconnu que Me Diop lui avait simplement indiqué que Moustapha Niass ne souhaitait plus apparaître dans les documents relatifs à ce terrain. Une version que Niass juge totalement mensongère.

Des incohérences dans les actes notariés

L’ancien président du Parlement pointe plusieurs irrégularités dans les documents produits :

  • absence du numéro de carte d’identité nationale de Moustapha Niass ;

  • mention d’un régime matrimonial supposé non vérifié ;

  • enregistrement tardif de l’acte de vente, effectué onze ans après sa prétendue signature, avec pénalités ;

  • et surtout, une signature falsifiée qu’il impute à la notaire.

« Me Nafissatou Diop a commis un faux par supposition de personne et fausse signature dans un acte authentique, puis en a fait usage auprès des impôts et de la conservation foncière », accuse Niass dans sa plainte, évoquant une violation de l’article 133 du Code pénal sénégalais.

Un dossier en sommeil depuis 2021

Malgré les multiples auditions menées entre février et mars 2021, le dossier semble depuis stagnant. Moustapha Niass s’interroge :

« Qui protège Baba Diao et Me Nafissatou Diop ? »

Il affirme qu’aucun progrès n’a été constaté dans l’enquête, malgré les preuves versées au dossier. La notaire aurait même déclaré avoir perdu le dossier lorsque l’un des fils de Moustapha Niass est venu en demander copie.

“Je fais confiance à la justice de mon pays”

Dans sa lettre adressée au Pôle Judiciaire Financier, Moustapha Niass dit vouloir que la lumière soit faite, « dans l’esprit et la lettre des lois de la République ». Il conclut :

« Je réaffirme ma confiance totale en Dieu et en la justice de mon pays. Que cette affaire soit tirée au clair. »

L’ancien président de l’Assemblée nationale évoque par ailleurs d’autres cas présumés de fraude et d’enrichissement illicite impliquant les mêmes protagonistes, qui, selon lui, feront l’objet de procédures ultérieures.