Depuis le 26 mai 2025, l’ancien ministre du Développement communautaire et maire de Saint-Louis, Mansour Faye, est incarcéré à la prison centrale de Rebeuss. Accusé d’infractions financières liées à la gestion des fonds Force Covid-19, il n’a toujours pas été entendu par la Haute Cour de justice, contrairement à d’autres anciens ministres déjà auditionnés.

86 jours derrière les murs de Rebeuss

Placée sous mandat de dépôt après sa comparution devant la chambre d’accusation de la Haute Cour de justice, la détention de Mansour Faye s’inscrit dans un dossier volumineux : association de malfaiteurs, corruption, concussion, détournement de deniers publics, blanchiment de capitaux, faux et usage de faux, prise illégale d’intérêts et complicité. Le cœur du dossier concerne la gestion de 2,7 milliards de FCFA de fonds destinés au Programme de résilience économique et sociale.

Une procédure contestée par la défense

Pour ses avocats, Me El Hadj Amadou Sall et Me El Hadj Diouf, cette situation révèle des anomalies majeures : absence d’audition préalable, aucun rôle direct dans l’attribution des marchés, validation et paiements effectués par le ministère des Finances, contrôle préalable de la gendarmerie, et un rapport de la Cour des comptes qui ne cite jamais Mansour Faye.

« Normalement, on prouve avant d’incarcérer. Ici, on incarcère d’abord et on cherche ensuite », dénonce Me Sall, qualifiant le dossier de « mal ficelé depuis le départ par l’Assemblée nationale ».

L’argument de l’appel d’offres

La défense insiste sur la question de la surfacturation. Selon Me Sall, le marché incriminé a été attribué à un fournisseur mieux-disant, dont l’offre (275 000 FCFA/tonne) était inférieure au prix moyen du marché (300 000 FCFA). Me Diouf ajoute : « C’est le seul ministre qui a osé passer outre la directive du président Macky Sall, qui avait demandé de ne plus faire d’appel d’offres. Il est accusé alors qu’il a respecté les règles de transparence. »

Une détention jugée politique

Pour ses avocats, il s’agit d’un acharnement politique. Selon Me Diouf, la Haute Cour de justice, composée majoritairement de députés, agit comme une juridiction politique, privant Mansour Faye de tout recours effectif. « Cela revient à lui appliquer la guillotine sans motif valable », déplore-t-il.

La bataille dépasse les frontières

Face à ce qu’ils considèrent comme une violation flagrante des droits de l’homme, les conseils de Mansour Faye ont saisi plusieurs instances internationales : Union africaine, CEDEAO, Comité des droits de l’homme de l’ONU ainsi que des institutions européennes. Leur objectif : obtenir au minimum une liberté provisoire, en attendant que la justice se décide enfin à l’entendre.