Le refus africain de s’arrimer à la campagne occidentale contre la Russie est en soi un tournant historique: l’Union africaine n’a pas condamné Moscou, et le Sénégal, allié historique de la France, s’est abstenu de voter la résolution de l’Onu sur la crise russo-ukrainienne. Il fait partie de six pays appartenant à la zone d’influence française d’Afrique de l’Ouest à faire le choix politique de ne pas voter une résolution, dont la France fut une inspiratrice acharnée.

L’opinion africaine est encore plus démarquée que beaucoup de ses dirigeants (dont la vulnérabilité aux pressions occidentales est un secret de Polichinelle) pour plusieurs raisons. «Elle considère qu’en adhérant à l’Otan, l’Ukraine qui est située dans la zone immédiate d’influence de Moscou crée une menace à la sécurité de la Russie», souligne par exemple Alioune Tine du think tank Afrikajom Center.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup relèvent la « duplicité » de ceux qui s’insurgent contre l’opération russe, alors qu’ils ont pris parti à la destruction de l’Irak, de la Libye ou de la Yougoslavie.

«Les commentaires racistes de chroniqueurs occidentaux qui différencient les réfugiés ukrainiens comme dignes du droit d’asile et la discrimination raciale aux frontières de la Pologne et de l’Ukraine constituent la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la colère et de l’indignation», abonde par ailleurs Alioune Tine.

Pour l’expert sénégalais en intelligence économique Cheikh Mbacké Sène, «la Russie est aujourd’hui quasiment partout en Afrique. C’est une puissance mondiale. Personne n’a envie de se la mettre à dos. Elle offre une vraie alternative aux pays africains en termes de perspective de coopération par rapport aux corridors diplomatiques traditionnels ou historiques».

@assirou.net